Des militaires norvégiens ont découvert les images de leurs propres déplacements dans les voitures qu’ils utilisaient pour un exercice. Des vidéos montraient aussi les codes saisis pour ouvrir des accès militaires. Le problème n’était donc pas seulement ce qu’un véhicule connecté pourrait enregistrer : des séquences sensibles étaient déjà conservées à bord. En revanche, leur éventuelle transmission à des tiers reste inconnue.

L’incident remonte à septembre 2026. Il a été révélé le 8 octobre par le quotidien économique norvégien Dagens Næringsliv (DN), puis documenté par un reportage de l’AFP publié le 17 octobre. Les voitures étaient des véhicules de location employés par la Garde nationale, le Heimevernet, pendant un exercice destiné à sécuriser l’aéroport d’Oslo en situation de guerre. [1, 2]

La découverte s’est faite sur l’écran d’une voiture

Selon le récit de DN rapporté par l’AFP, des soldats ont trouvé les enregistrements en manipulant l’écran de contrôle de leur véhicule pendant un temps d’attente. Ces images rendaient visibles les personnes qui montaient et descendaient des voitures, les itinéraires empruntés et les codes utilisés aux portes ou portails d’installations militaires. Il ne s’agissait pas de documents secrets laissés sur une banquette, mais d’informations produites par les gestes ordinaires du service.

Le lieutenant-colonel Per Gunnar Grosberghaugen, porte-parole de la Garde nationale norvégienne, a confirmé à l’AFP que des soldats avaient trouvé des vidéos issues des capteurs des véhicules et stockées dans leurs systèmes. Cette confirmation établit le point essentiel : la captation et le stockage local ont bien été constatés, selon l’armée. Elle ne décrit ni le nombre total de séquences ni l’ensemble des réglages techniques utilisés. [2]

Militaires de la Garde nationale norvégienne lors d’un entraînement NOREX 51 au Camp Ripley en 2024.
Archive : la force de réaction rapide de la Garde nationale norvégienne s’entraîne au Camp Ripley, dans le Minnesota, le 11 février 2024. Cette photo ne représente pas l’exercice norvégien de septembre 2026. Crédit : Sgt. Jorden Newbanks / Minnesota Army National Guard, DVIDS / Wikimedia Commons — domaine public (Public Domain Mark 1.0). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Norwegian_Home_Guard_Rapid_Reaction_Force_Complete_STX_Lanes_during_NOREX_51_240211-Z-AR912-1013.jpg — Statut : https://creativecommons.org/publicdomain/mark/1.0/ — Cadrage intégral 3:2, réduction proportionnelle. The appearance of U.S. Department of War (DoW) visual information does not imply or constitute DoW endorsement.

Crédit de la photographie d’illustration : Sgt. Jorden Newbanks / Minnesota Army National Guard, DVIDS / Wikimedia Commons — domaine public (Public Domain Mark 1.0). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Norwegian_Home_Guard_Rapid_Reaction_Force_Complete_STX_Lanes_during_NOREX_51_240211-Z-AR912-1013.jpg — Statut : https://creativecommons.org/publicdomain/mark/1.0/ — Cadrage intégral 3:2, réduction proportionnelle. The appearance of U.S. Department of War (DoW) visual information does not imply or constitute DoW endorsement.

Un code d’accès devient aussi une information filmée

Un portail protège un site tant que son dispositif d’accès reste maîtrisé. Mais le code que tape un militaire est également une scène observable par une caméra suffisamment bien placée. Le véhicule n’a pas besoin de pénétrer dans un réseau informatique militaire pour en conserver une trace visuelle. C’est ce déplacement du risque qui rend l’incident important : l’équipement de transport peut devenir un support d’enregistrement de l’activité qu’il accompagne.

Les informations rapportées ne présentent pas toutes le même enjeu :

  • Un code filmé expose un élément utilisé pour franchir un accès protégé.
  • Un trajet enregistré permet de reconstituer un déplacement entre des lieux.
  • Des montées et descentes visibles renseignent sur les personnes transportées et leurs mouvements.

Ces observations expliquent la sensibilité des vidéos sans prouver qu’un adversaire les a exploitées. Les sources ne font état ni d’une intrusion réalisée grâce à ces codes ni d’une attaque consécutive à la découverte.

Une vidéo à bord n’est pas la preuve d’un envoi en Chine

La distinction entre enregistrer, conserver et transmettre est ici décisive. Les deux premières opérations sont documentées par la découverte des soldats et la confirmation militaire. La troisième reste une question ouverte. L’AFP indique qu’on ignore si les vidéos ont été transmises à des tiers, notamment en Chine, et que le porte-parole n’a pas exclu cette hypothèse. Ne pas l’exclure n’équivaut pas à constater un transfert. [2]

Schéma distinguant la captation et le stockage local constatés d’un transfert à des tiers qui reste inconnu.
Les trois étapes à distinguer dans l’affaire norvégienne : captation et stockage constatés, éventuelle transmission inconnue. Schéma : Secret Militaire, d’après l’AFP / Boursorama du 17 octobre 2026.

Selon DN cité par l’AFP, les locations comprenaient au moins deux voitures Deepal, une marque du constructeur Changan. Hertz Norge fournissait les véhicules. Le pays du constructeur et l’actionnariat du loueur ne permettent cependant pas de déduire la destination des fichiers. Rien dans les éléments rendus publics ne démontre une opération d’espionnage conduite par un État, ni un comportement identique de toutes les voitures chinoises.

Le loueur répond sur les données, pas sur le trajet des vidéos

Interrogé par l’AFP, Hallvard Nerbøvik, directeur du marketing et de la communication de Hertz Norge, affirme qu’aucune donnée personnelle liée aux locations n’est partagée avec les constructeurs, les propriétaires du loueur ou d’autres tiers sans fondement juridique explicite. L’agence précise qu’il n’a pas indiqué si les vidéos embarquées avaient pu être transférées. Cette réponse générale sur les données personnelles ne retrace donc pas la circulation des séquences découvertes pendant l’exercice.

Changan n’a pas répondu aux questions de l’AFP. Son importateur norvégien, Motor Gruppen, a souligné que la présence d’une fonction d’enregistrement continu ne signifie pas que les véhicules filment constamment leur environnement. Les éléments disponibles ne détaillent pas les conditions d’activation de la fonction dans les voitures concernées. [2]

Dès son article du 8 octobre, DN indiquait que les militaires avaient continué à utiliser les véhicules pendant l’exercice, faute d’alternatives suffisamment disponibles. Selon les précisions du quotidien rapportées par l’AFP, les soldats ont ensuite effacé les vidéos. [1, 2]

L’armée privilégie des restrictions adaptées aux sites

La réponse norvégienne ne prend pas la forme d’une interdiction générale des véhicules fabriqués en Chine. Selon l’AFP, l’armée juge le gain de sécurité d’une telle mesure limité et préfère des protections adaptées à chaque installation. Des interdictions locales pourraient ainsi concerner les véhicules équipés de caméras et de capteurs, quelle que soit leur origine. Le critère devient ce qu’une voiture peut enregistrer dans un lieu sensible, et non sa seule provenance industrielle. [2]

Auprès de l’AFP, Andreas Skjøld-Lorange, responsable de l’Autorité norvégienne de sécurité nationale, élargit cette préoccupation à la dépendance aux produits et services d’un même pays. Il souligne la vulnérabilité créée par une concentration excessive des fournisseurs, en particulier lorsque le pays concerné n’entretient pas de coopération de sécurité avec la Norvège. [2]