Les Forges de Tarbes doivent remettre à jour les contrôles de leurs équipements sous pression d’ici au 31 décembre 2026, sous peine de devoir arrêter les appareils qui ne seraient pas en règle. L’arrêté préfectoral du 9 octobre impose cette échéance à un site déjà fragilisé financièrement. Il ne prononce pas la fermeture immédiate de toute l’usine : il conditionne la poursuite d’utilisation de ces équipements à leur contrôle réglementaire. [1]

Quatorze équipements dont le contrôle est arrivé à échéance

À l’origine de la mise en demeure, une inspection menée le 9 juillet a relevé cinq équipements en retard de requalification depuis juin et neuf autres dont l’échéance arrivait à la mi-août. Au total, 14 équipements sous pression sont concernés par ces retards. L’annexe de l’arrêté mentionne des équipements hydrauliques liés aux presses et des équipements pneumatiques du réseau d’air. [1]

La requalification est un contrôle périodique destiné à vérifier qu’un appareil peut continuer à fonctionner en sécurité. L’enjeu tient au risque de rupture brutale de matériels contenant un fluide sous pression, pour les salariés comme pour les installations et le voisinage. Un contrôle périmé ne signifie pas, à lui seul, que chaque appareil est matériellement défectueux.

L’exploitant devait initialement signer une commande de prestation avant le 10 août. Dans un courrier du 7 août, il a demandé de repousser ce délai à fin septembre, invoquant la difficulté à trouver un prestataire et le coût de l’opération. L’arrêté fixe désormais une obligation portant sur le résultat : les équipements exploités doivent être à jour au 31 décembre. [1]

Pour les appareils qui ne le seraient pas, l’arrêt s’appliquera à cette date. Leur remise en service exigera une requalification concluante sous la supervision d’un organisme habilité, avec une attestation pour chacun. Le texte prévoit aussi des sanctions administratives en cas de non-respect. La conséquence sur l’activité dépendra donc des équipements effectivement régularisés et de la place des autres dans la production. [1]

Schéma : quatorze équipements sous pression en retard de requalification, échéance du 31 décembre 2026 et reprise après contrôle concluant.
Les équipements sous pression non à jour de leurs contrôles devront être arrêtés au 31 décembre 2026, avec reprise après requalification concluante. Crédit : Secret Militaire — Création éditoriale du site.

Source : Arrêté préfectoral du 9 octobre 2026.

Un fabricant de corps d’obus, pas de munitions complètes

Cette contrainte concerne un maillon précis de l’industrie d’armement. Selon le reportage de France 3 avec l’AFP publié le 15 octobre, les Forges de Tarbes constituent le seul site industriel français fabriquant des corps d’obus de 155 mm, destinés notamment aux canons CAESAR et à l’Ukraine. L’usine produit ces enveloppes métalliques, et non des munitions complètes prêtes à être tirées. [2]

Un canon CAESAR français en action en Irak en décembre 2018, photographie d’archive.
Un CAESAR français tire dans la vallée du Moyen-Euphrate, en Irak, le 2 décembre 2018. Photo d’archive illustrant l’emploi de l’artillerie, sans lien avec un lot produit à Tarbes. Crédit : Sgt. 1st Class Mikki Sprenkle / U.S. Army — Domaine public, œuvre de l’U.S. Army.

Source : Photographie originale · Domaine public, œuvre de l’U.S. Army.

La distinction compte pour comprendre l’enjeu industriel : préserver la fabrication de ces corps, c’est préserver une étape de la chaîne de production. Le fonctionnement de ce site ne résume pas à lui seul toute la fabrication des munitions de 155 mm, mais une difficulté sur cette étape peut peser sur les opérations qui suivent.

Des commandes à remplir, même avec des machines disponibles

Au problème de disponibilité des équipements s’ajoute celui du volume d’activité. Interrogé par France 3 le 16 octobre, le maire de Tarbes, Pascal Claverie, avance trois chiffres qui éclairent cette fragilité : [3]

  • 71 000 corps creux d’obus livrés en 2025 ;
  • 30 000 unités commandées pour 2026 ;
  • environ 20 000 unités déjà commandées pour 2027.

Ces chiffres décrivent des livraisons passées et des commandes pour les années suivantes, pas une série de productions annuelles achevées. Les 20 000 unités évoquées pour 2027 correspondent au carnet annoncé à ce stade. Pour le maire, l’enjeu est d’obtenir un volume suffisant pour couvrir les coûts du site.

Pascal Claverie situe le seuil de rentabilité autour de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit, selon son estimation, environ 50 000 corps creux avec l’outil industriel actuel. Il estime par ailleurs la mise en conformité à 130 000 euros et indique qu’elle doit intervenir pendant la coupure de Noël. Ce calendrier annoncé reste celui du maire : l’arrêté exige, lui, des contrôles à jour avant l’échéance. [3]

Une reprise encore à concrétiser

Les Forges, propriété d’Europlasma, sont en vente depuis avril, rapporte France 3 avec l’AFP. Pascal Claverie assure qu’« il y a au moins deux repreneurs sérieux », sans annoncer de cession finalisée. Le calendrier reste à préciser et l’élu attend davantage de visibilité au début de l’année prochaine. [2][3]

Une reprise changerait le propriétaire, tandis que la requalification permettrait de maintenir les équipements concernés en service. Le carnet de commandes répond à une autre question : quelle activité leur donner ? Le maire estime aussi nécessaires des investissements pour élargir les capacités de production et accroître le chiffre d’affaires, au-delà du seul rattrapage des contrôles réglementaires. [3]