À Canjuers, l’artillerie parachutiste travaille deux problèmes qui se répondent : atteindre des véhicules blindés et protéger ses propres unités contre les drones. Plus de 300 militaires du 35e régiment d’artillerie parachutiste de Tarbes participent à Foch 26, organisé du 3 au 30 octobre 2026 dans le Var, selon le reportage publié le 19 octobre par La Nouvelle République des Pyrénées. Au programme figurent notamment un tir d’obus BONUS avec KNDS et une campagne de tir pour la batterie sol-air. [1]

L’intérêt de cet entraînement ne tient pas seulement aux armes employées. Le régiment met à l’épreuve toute la chaîne qui prépare et conduit les tirs, avec des partenaires français et italiens. La munition qui recherche un blindé et le canon qui engage un drone répondent à des menaces différentes. Leur emploi dans un même exercice montre pourquoi l’artillerie doit travailler à la fois ses feux et sa protection.

Plus de 300 militaires et un poste de commandement à entraîner

Foch 26 vise à entretenir les savoir-faire individuels et collectifs de l’artillerie, mais aussi à faire monter en puissance le poste de commandement régimentaire. Les scénarios associent les gestes techniques propres aux artilleurs à des incidents tactiques auxquels ils doivent réagir. L’objectif décrit par le quotidien est une adaptation aux exigences du combat de haute intensité. [1]

Un tir est l’aboutissement d’un travail collectif : les servants mettent en œuvre le matériel, tandis que la chaîne de commandement organise l’action des unités. Entraîner le poste de commandement en même temps que les équipes de pièce permet de travailler cette articulation, plutôt que d’isoler la performance d’une arme.

Le 35e RAP s’entraîne avec le 185e régiment d’artillerie parachutiste italien « Folgore » et une section d’appui mortier du 3e régiment parachutiste d’infanterie de marine, le 3e RPIMa. Ces séquences servent à développer des savoir-faire communs et la capacité à agir ensemble. [1] La coopération franco-italienne est donc une composante du travail d’artillerie, et non une simple présence symbolique de soldats alliés.

BONUS : deux sous-munitions pour rechercher des blindés

La Nouvelle République des Pyrénées rapporte la réalisation d’un tir de BONUS en coordination avec KNDS. L’obus est tiré depuis un CAESAR, le canon sur camion employé par les artilleurs tarbais. [1] Ce tir d’exercice ne correspond pas à l’annonce d’un modèle inédit. KNDS présente déjà BONUS comme une munition en service. L’actualité porte ici sur son emploi dans Foch 26. [2]

Deux artilleurs français manipulent du matériel près des compartiments d’un CAESAR.
Photo d’illustration — des soldats français du 40e régiment d’artillerie autour d’un CAESAR lors de Dynamic Front 19, à Grafenwöhr, en Allemagne, le 6 mars 2019. Cette archive ne montre pas le tir de BONUS à Foch 26. Crédit : Pfc. Denice Parker (crédit de prise de vue : Denice Lopez) / U.S. Army — « Dynamic Front 19 France », domaine public américain. Source : https://www.dvidshub.net/image/5160200/dynamic-front-19-france ; fiche Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dynamic_Front_19_France_(5160200).jpg ; droits : https://www.dvidshub.net/about/copyright . Cadrage intégral 3:2, réduction à 1200 × 800, conversion WebP. The appearance of U.S. Department of War (DoW) visual information does not imply or constitute DoW endorsement.

BONUS est une munition de 155 mm destinée à l’attaque de véhicules blindés. Sa particularité se trouve à l’intérieur de l’obus : il emporte deux sous-munitions autonomes, libérées en vol. Pendant leur descente, leurs capteurs recherchent des cibles au sol. Le constructeur décrit une combinaison de détection infrarouge et de radar laser pour reconnaître les profils recherchés, puis une attaque par le dessus du véhicule. [2]

Le fonctionnement dit fire and forget, ou « tire et oublie », signifie que ces modules effectuent leur recherche sans guidage continu par l’équipe qui a tiré l’obus. Il ne s’agit donc pas d’un projectile que le servant télépilote jusqu’au blindé. L’autonomie intervient dans la phase de recherche et d’engagement décrite par le fabricant. [2]

La distinction est importante pour comprendre ce qui est entraîné : le CAESAR est le moyen de lancement, BONUS est la munition, et les deux sous-munitions portent la fonction de recherche de cible. Le reportage ne fournit ni taux de réussite du tir de Foch 26 ni bilan chiffré des cibles touchées. [1] Les performances commerciales annoncées par KNDS ne sont pas des résultats mesurés pendant cet exercice.

Face aux drones, Proteus complète le brouillage et la détection

La menace aérienne impose un autre travail. Le 35e RAP a été le premier régiment de l’armée de Terre doté de Proteus au standard 1 en 2025, rappelle le quotidien. Ce moyen s’ajoute aux VAB Arlad et aux fusils brouilleurs Nerod. Foch 26 donne à la batterie sol-air l’occasion de mener une campagne de tir. [1]

Un reportage de TerreMag publié en août 2026 permet de comprendre le rôle de ces équipements. Proteus standard 1 associe un canon de 20 mm à un viseur Sandra, issu des systèmes sol-air Mistral, avec une capacité de vision diurne et nocturne. L’ensemble est installé sur un châssis de camion TRM 2000. Deux militaires le mettent en œuvre : un chef de pièce et un pointeur-tireur. [3]

Dans le dispositif du 35e RAP décrit par TerreMag, les fonctions sont complémentaires :

  • Le VAB Arlad détecte la menace à l’aide de son radar.
  • Le fusil brouilleur Nerod agit par brouillage, afin de perturber le drone.
  • Proteus engage la cible au canon, avec des munitions de 20 mm. [3]

Repérer un appareil, perturber son fonctionnement et le toucher physiquement ne sont pas trois noms pour la même action. Cette séparation explique l’intérêt de disposer de plusieurs moyens : le canon apporte une réponse par le tir, distincte de celle du brouilleur. Le reportage de TerreMag décrit cette organisation au sein du régiment, sans établir que chaque interception suit automatiquement la même succession d’actions.

Deux missions : CAESAR et obus BONUS à deux sous-munitions contre les blindés ; VAB Arlad pour détecter les drones, Nerod pour le brouillage et Proteus standard 1 pour le tir de 20 mm.
Schéma des missions travaillées à Foch 26 : feux antiblindés avec BONUS et protection antidrones du 35e RAP. Les fonctions VAB Arlad, Nerod et Proteus sont décrites par TerreMag. Infographie : Secret Militaire, d’après NR Pyrénées, KNDS et TerreMag [1–3].

Le standard 1 en dotation, une évolution encore annoncée

Il faut aussi distinguer le matériel déjà détenu de son évolution. TerreMag situe le déploiement du standard 1 au 35e RAP en septembre 2025 et relate un essai réalisé à Canjuers le 20 octobre 2025. Cette séquence appartient à l’année précédente, pas à Foch 26. [3]

Dans son article d’août 2026, le magazine de l’armée de Terre annonçait la livraison de sept Proteus standard 2 à plusieurs unités avant la fin de l’année. Il décrivait notamment un nouveau porteur V3P développé par Scania et un logiciel de conduite de tir élaboré avec l’appui de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense. [3] À Foch 26, le compte rendu du quotidien cite le standard 1 reçu en 2025 : il ne permet pas d’attribuer au matériel engagé les évolutions annoncées pour le standard 2.