Des soldats français qui forment des Ukrainiens, puis adaptent leur propre entraînement à ce que ces derniers leur transmettent du front : c’est l’échange montré par le reportage de TF1 publié le 17 octobre. Derrière les exercices face aux drones, une évolution plus large apparaît. L’infanterie se prépare à combattre en petits groupes, avec davantage d’autonomie, tout en conservant la capacité de se coordonner et de prendre en charge ses blessés. [1]
Le changement ne se réduit donc pas à acquérir de nouveaux appareils. La menace aérienne modifie aussi l’organisation du groupe et les compétences attendues de chaque combattant. Le 2ᵉ régiment étranger d’infanterie (2ᵉ REI) en fournit un exemple documenté : il a transformé les échanges recueillis auprès de militaires ukrainiens en un module d’entraînement, présenté par l’armée de Terre dès le 11 septembre. Cette adaptation concerne concrètement la préparation des légionnaires du régiment. [2]
Des groupes plus petits, mais davantage de compétences
Pourquoi la taille des unités compte-t-elle autant ? Dans un environnement surveillé par les drones et d’autres capteurs, réunir durablement des hommes et du matériel accroît leur vulnérabilité. L’armée de Terre souligne que la détection peut être suivie très rapidement d’une frappe. L’enjeu est alors de limiter cette exposition sans perdre la capacité d’agir ensemble.
Dans le reportage de TF1, le colonel Nathanaël Ponticelli décrit des unités « plus petites, plus légères mais aussi capables d’avoir un champ de compétences plus large ». La raison qu’il donne est leur isolement accru au combat. Se disperser ne consiste donc pas simplement à espacer les soldats : cela déplace une part des décisions et des responsabilités vers les plus petits échelons. [1]
Le module du 2ᵉ REI prépare précisément à des situations où les groupes sont éloignés les uns des autres et où les communications peuvent être dégradées. L’autonomie attendue reste inscrite dans une mission commune. C’est le sens du « commandement par l’intention » : les chefs au contact doivent comprendre l’objectif recherché, afin de pouvoir décider lorsque de nouveaux ordres ne leur parviennent pas immédiatement. [2]
Le drone change l’entraînement, pas seulement l’équipement
Les appareils FPV, pilotés à partir des images de leur caméra et susceptibles d’emporter une charge explosive, occupent une place importante dans le reportage. Leur présence impose une pression qui ne se résume pas à la difficulté de les repérer. Interrogé pendant l’exercice, Damien, tireur de précision de première classe, évoque la montée de l’adrénaline et le stress, alors même qu’il se trouve à l’entraînement. Son témoignage éclaire la pression humaine à laquelle prépare cet entraînement. [1]
Dans le programme du régiment, les drones ont deux fonctions : ils constituent une menace à prendre en compte et un moyen de renseignement au profit des unités françaises. Les exercices associent ainsi leur emploi à la préparation face aux appareils adverses. Ce double rôle explique pourquoi la réponse dépasse la seule lutte antidrones : elle concerne aussi la circulation de l’information et la coordination de groupes physiquement séparés. [2]

Tranchées et secours font partie de la même adaptation
Le retour des tranchées peut donner l’impression d’un recul vers les guerres du passé. Le rapprochement est trompeur s’il fait oublier leur environnement actuel : ces ouvrages coexistent avec des capteurs aériens, des communications numériques et des armes de précision. Pour l’infanterie, l’espace de combat combine donc des contraintes anciennes et des menaces technologiques récentes.
Au camp des Garrigues, le 2ᵉ REI a creusé ses propres réseaux de tranchées pour l’entraînement. L’armée de Terre rapproche les contraintes de ces espaces de celles du combat en milieu clos : visibilité limitée, étroitesse et proximité des menaces. [2]
Les secours au contact constituent un autre volet du module. L’isolement des petits groupes rend importante la capacité des militaires à assurer les premiers soins dans un environnement où la menace persiste. Le reportage évoque également la prise en charge de blessés graves sans médecin au milieu des combats. Il ne s’agit pas de remplacer le soutien médical, mais de préparer les combattants à la période qui précède la mise à l’abri et l’évacuation. La formation décrite par le régiment intègre fatigue et stress, au-delà du seul apprentissage technique des gestes. [1][2]
Les formateurs français apprennent aussi de leurs élèves ukrainiens
Ces adaptations s’appuient sur une coopération qui fonctionne dans les deux sens. Dans TF1, le général Steve Carleton résume cet échange en expliquant que les Français transmettent des techniques de combat, mais aussi qu’« on apprend beaucoup d’eux ». Les Ukrainiens apportent une expérience récente des conditions rencontrées contre les forces russes. [1]
Cette réciprocité était déjà décrite dans le point de situation des opérations du ministère des Armées du 24 septembre. À propos des formations menées en Pologne dans le cadre d’EUMAM Ukraine, la mission européenne de formation des militaires ukrainiens, le ministère mentionnait les enseignements tirés des combats, notamment sur les drones porteurs de charges retrouvés sur le terrain. Les Français ne cessent pas de former leurs partenaires : leur propre préparation bénéficie aussi de ces échanges. [3]

Cpl. Michael Petersheim / U.S. Marine Corps, DVIDS — domaine public américain ; photo recadrée et réduite. Source : https://www.dvidshub.net/image/1046434/new-us-marine-unit-trains-with-french-foreign-legion ; droits : https://www.dvidshub.net/about/copyright . The appearance of U.S. Department of War (DoW) visual information does not imply or constitute DoW endorsement.
Pour le 2ᵉ REI, le passage des échanges à l’entraînement a suivi une chaîne précise. Une compagnie engagée en Pologne entre octobre 2025 et février 2026 a recueilli ces retours, puis les a adaptés aux moyens et aux missions du régiment. À la date du 11 septembre, près de 250 légionnaires avaient déjà suivi la formation au camp des Garrigues. [2]
La transmission ne repose pas uniquement sur le départ de nouveaux militaires en mission. La compagnie revenue de Pologne sert de noyau à un mentorat interne : ses cadres et légionnaires transmettent l’expérience acquise aux autres unités. L’objectif annoncé par l’armée de Terre est de faire passer toutes les compagnies du 2ᵉ REI par ce module. [2]


